Au 19ème siècle, les premiers criminologues ambitionnèrent d’étudier les délinquants de manière scientifique et créèrent ainsi l’école dite positiviste. Celle-ci conçoit les individus comme éminemment déterminés par des facteurs qui leur sont propres. Elle défendit notamment l’idée que l’être humain dispose d’un sens moral ou en est exempt. Trouver les causes de la délinquance permet d’envisager la criminalité selon un modèle d’inspiration médical : identification du problème (phase diagnostique) et y apporter un traitement afin de parvenir à la guérison (du corps physique ou social enfin harmonieux). Le modèle ontologique vise à identifier les facteurs internes à l’individu qui concourent à la commission de délits. Ainsi peut-on étudier le phénomène de l’impulsivité, de la personnalité appelée antisociale (APA, 1996) ou encore de la psychopathie (Hare, 2005) afin de tenter d’y apporter une solution.

Le paradigme ontologique et le questionnaire des modèles de justice

Dans notre questionnaire évaluant les modèles de justices, cinq items concernent le modèle chrétien. Le tableau suivant reprend ces cinq items.

Modèle ontologique
O1 Il existe des personnes naturellement plus calmes et d’autres plus nerveuses.
O2 Il est important de s’intéresser aux délinquants pour tenter de découvrir pourquoi ils adoptent des comportements illégaux.
O3 Il existe probablement un « gène du crime ».
O4 Il faut proposer une thérapie adaptée aux délinquants pour les aider à réintégrer la société.
O5 Dans la société, il existe des personnes foncièrement mauvaises qui causent des problèmes aux autres.

Ces cinq items mesurent-ils un phénomène commun ? Il y a plusieurs moyens de répondre à cette question. D’abord en calculant l’alpha de Cronbach.

Dans ce cas-ci, il est égal à 0.33, ce qui est classiquement reconnu comme faible. Il nous faut dès être attentifs aux raisons de ce résultat.

Calculons les corrélations entre chaque item mais également avec le score total.

##      O1    O2    O3    O4    O5    O
## O1 1.00  0.09  0.14  0.08  0.26 0.56
## O2 0.09  1.00 -0.05  0.40 -0.12 0.36
## O3 0.14 -0.05  1.00 -0.06  0.27 0.59
## O4 0.08  0.40 -0.06  1.00 -0.09 0.40
## O5 0.26 -0.12  0.27 -0.09  1.00 0.64
## O  0.56  0.36  0.59  0.40  0.64 1.00
## 
## n= 756 
## 
## 
## P
##    O1     O2     O3     O4     O5     O     
## O1        0.0117 0.0001 0.0223 0.0000 0.0000
## O2 0.0117        0.1831 0.0000 0.0008 0.0000
## O3 0.0001 0.1831        0.0769 0.0000 0.0000
## O4 0.0223 0.0000 0.0769        0.0113 0.0000
## O5 0.0000 0.0008 0.0000 0.0113        0.0000
## O  0.0000 0.0000 0.0000 0.0000 0.0000

On constate que chaque item est significativement corrélé (p < .001) avec le score total. Toutefois, O2 et O4 présentent des corrélations nulles voire négatives avec les autres items. Ceci mène à penser qu’ils apportent une information partiellement opposée aux autres. Tous deux semblent faire référence à une certaine bienveillance vis-à-vis des délinquants par le biais de l’intérêt que l’on devrait leur porter et de l’aide qu’on devrait leur prodiguer. Les trois autres items se limitent au constat de différences entre les délinquants et les non-délinquants.

Une troisième méthode consiste à vérifier l’unidimensionalité des cinq variables à l’aide d’une analyse en composante principale.

## 
## Loadings:
## [1]  0.66  0.60  0.05 -0.14 -0.20
## 
##                 MR1
## SS loadings    0.86
## Proportion Var 0.17

Sans guère de surprise, nous contatons que deux items (O2 et O4) présentent une position légère opposée à O1 et O5 alors que O3 (qui fait référence à la biologie) est indépendant du facteur latent.

Ces cinq items permettent de calculer un score total qui varie théoriquement de 0 (si le participant répond Fortement en Désaccord aux cinq items) à 20 (si le participant répond Fortement d’Accord aux cinq items).

Le paradigme ontologique subirait dès trois trois influences notables : la détermination biologique, la détermination psychologique et la détermination d’intervention thérapeutique.

La figure précédente reprend la distribution des scores pour un échantillon de 756 personnes. La moyenne est égale à 13.5 et l’écart type égal à 2.33.

Références

APA. (1996). DSM-IV. Manuel diagnostique des troubles mentaux. Masson.
Hare, R. D. (2005). The hare psychopathy checklist-revised: manual. Multi-Health Systems, Incorporated.