Les actions de l’homme sont-elles le fruit de ses propres choix ou sont-elles déterminées par des forces qui le dépassent ? Telle est une question philosophique majeure qui a fait couler beaucoup d’encre mais qui n’a jamais trouvé de réponse définitive. Dans les tragédies grecques antiques, chaque personnage suivait une destinée préétablie par les dieux qui s’amusaient d’ailleurs des déconvenues des faibles mortels. En grec, cette notion de destinée était le heimarménè et en latin le fatum. Ainsi existait-il, pour l’homme antique, un ordre du monde régi par des intentions transcendantes. Cet ordre apparaissait juste, terme nullement synonyme d’égalitaire : il était évident que certaines personnes étaient supérieures à d’autres. Les esclaves étaient bien entendu soumis aux décisions de leurs maîtres. Au moyen-âge, la société était également officiellement inégalitaire, reposant sur trois castes hermétiques et asymétriques : la noblesse guerrière, le clergé et le tiers-état (les paysans et artisans, soumis aux deux premières classes). Il fallut attendre le 17ème siècle pour qu’une émanation du tiers-état, la bourgeoisie, émergeât et supprimât cet ordre séculaire inégal à l’occasion des révolutions anglaise, américaine et française. Elles bousculèrent les figures sacrées existantes pour y ériger la notion de liberté des citoyens. Cette liberté les suppose maîtres de leurs choix grâce à la raison qui les anime. La philosophie des Lumières invite à la connaissance et à l’esprit critique et permet aux hommes de devenir conscients des conséquences de leurs choix. Cette période révolutionnaire induisit l’écriture de nouvelles Constitutions mais également des premiers codes pénaux et civils laïcs. Ces codes postulent une responsabilité individuelle forte. Les personnes qui enfreignent les lois doivent être punies car elles ont délibérément choisi de contester l’autorité de la nation. C’est donc la notion de responsabilité individuelle qui permet la punition par des représentants de l’Etat. L’Encyclopédie de Diderot & D’Alembert (1751Tome 9, pp. 462-476) définissait ainsi la liberté :

La liberté réside dans le pouvoir qu’un être intelligent a de faire ce qu’il veut, conformément à sa propre détermination.

Les termes “sa propre détermination” s’opposent bien entendu à une détermination qui lui serait extérieure et donc indépendante de sa volonté. Depuis lors, l’idée de liberté, de choix, de destin personnels, d’objectifs de vie n’ont cessé de se développer dans les mentalités occidentales. Les hommes et les femmes des 20 et 21èmes siècles ont fortifié la croyance que chacun est maître de sa vie, qu’elle soit heureuse ou malheureuse. La société américaine est emblématique de cette philosophie du self-made man qui peut passer de la misère et l’anonymat à la richesse et à la gloire (et inversement) en fonction de ses choix plus ou moins opportuns. La liberté est une valeur qui fait l’objet d’une intense sacralisation. Elle paraît évidente à de nombreuses personnes qui sont parfois prêtes à mourir pour la défendre à l’instar des martyrs des révolutions de l’Histoire avec un grand H.

Modèle libéral
L1 Tous les hommes sont libres et donc responsables de leurs comportements.
L2 Il est normal que les hommes les plus méritants aient plus d’argent que les autres.
L3 Les hommes sont autant responsables de leurs bonheurs que de leurs malheurs.
L4 La personne qui n’adhère pas aux règles sociales n’a pas sa place dans la société et doit être neutralisé.
L5 Le courage et la persévérance sont les clés de la réussite de sa vie.

Dans ce cas-ci, il est égal à 0.56, ce qui est classiquement reconnu comme limite.

Une deuxième méthode vise à calculer les corrélations entre chaque item mais également avec le score total.

##      L1   L2   L3   L4   L5    L
## L1 1.00 0.17 0.34 0.24 0.22 0.68
## L2 0.17 1.00 0.14 0.24 0.22 0.60
## L3 0.34 0.14 1.00 0.11 0.22 0.61
## L4 0.24 0.24 0.11 1.00 0.11 0.56
## L5 0.22 0.22 0.22 0.11 1.00 0.55
## L  0.68 0.60 0.61 0.56 0.55 1.00
## 
## n= 756 
## 
## 
## P
##    L1     L2     L3     L4     L5     L     
## L1        0.0000 0.0000 0.0000 0.0000 0.0000
## L2 0.0000        0.0002 0.0000 0.0000 0.0000
## L3 0.0000 0.0002        0.0036 0.0000 0.0000
## L4 0.0000 0.0000 0.0036        0.0023 0.0000
## L5 0.0000 0.0000 0.0000 0.0023        0.0000
## L  0.0000 0.0000 0.0000 0.0000 0.0000

On constate que chaque item est significativement corrélé (p < .001) avec le score total et que les items partagent des liens entre eux.

Une troisième méthode consiste à vérifier l’unidimensionalité des cinq variables à l’aide d’une analyse en composantes principales.

## 
## Loadings:
## [1] 0.58 0.40 0.47 0.37 0.42
## 
##                 MR1
## SS loadings    1.03
## Proportion Var 0.21

Les cinq items présentent des saturations positives avec un seul facteur latent.

Ces cinq items permettent de calculer un score total qui varie théoriquement de 0 (si le participant répond Fortement en Désaccord aux cinq items) à 20 (si le participant répond Fortement d’Accord aux cinq items).

La figure précédente reprend la distribution des scores pour un échantillon de 756 personnes. La moyenne est égale à 10.94 et l’écart type égal à 3.24.

Références

Diderot, D., & D’Alembert, J. (1751). L’encyclopédie ou dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers. Retrieved from https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Encyclop%C3%A9die/1re_%C3%A9dition